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LES SECRETS DE LA CUVEE SAINTE-CECILE

DANS LES COULISSES DU CHÂTEAU DE L'ENGARRAN

· Vin,Consommation,Art de vivre,Histoire

Pour apprécier toutes les richesses d'un vin, il y a le nectar bien sûr mais avant tout son histoire. Une histoire qui est le produit d'un domaine, de la famille qui l'exploite, de son vignoble. Cet ensemble nous permet de décrypter les subtilités d'un vin.

Aujourd'hui : visite, aux portes de Montpellier, du Château de l'Engarran classé monument historique et zoom sur la cuvée Sainte-Cécile.

Entretien avec Diane Losfelt

A la tête du Château de l’Engarran, Diane, ingénieure agronome, poursuit le travail de sa famille, propriétaire du domaine depuis 1924. Cette propriété de 64 hectares, répartis en Appellation d’Origine Protégée et en IGP Pays d’Oc, est un vrai bijou.

Confession d'une passionnée

Diane Losfelt & Miss TchinTchin

La guirlande des "folies" de Montpellier

Initialement isolées à la campagne, les "folies", construites à partir du XVIIe siècle, sont désormais attachées à la ville de Montpellier suite à l'urbanisation.

Les "folies" ? Quésaco ? C'étaient des maisons de villégiature et de réception que les nobles et les bourgeois de Montpellier se faisaient construire aux abords de la ville. Les premières "folies" montpelliéraines apparaissent vers la fin des années 1690, dans la dernière partie du règne de Louis XIV. En effet, le roi s'étant construit Versailles, les notables de province voulurent faire de même...en plus petit !

Château de l'Engarran

"Au Moyen-Age, dans les villages de Laverune et de Saint-Georges-d’Orques, la vigne est devenue le creuset de la fortune. Vous aviez le droit de sonner le banc des vendanges. Quelqu'un qui vendangeait avant était passible de peine de mort. C’était vraiment un endroit de vin.

Les bases du domaine, une métairie avec un vignoble de 9 hectares, furent constituées en 1632 par Henry d'Engarran, émigré d'Italie et appelé par les Médicis dans le but d'augmenter la population catholique."

De son vrai nom "Engarrano" (une banlieue de Padoue ) signifiant « je viens d’Engarrano, Henry baptisa le domaine"de l’Engarran". Il décédera sans héritier. Selon ses dernières volontés, son nom restera attaché à celui du Château. C'était à prendre ou à laisser."

Ce fut donc l'un de ses deux neveux qui reprit la destinée du Château de l'Engarran, ayant accepté la dernière volonté de son oncle Henry.

En 1722, le domaine passera dans la famille de Suzanne Loys de Marigny, branche de la famille à avoir accepté de ne pas donner leur nom au domaine, selon les dernières volontés du défunt. On peut apercevoir la tête de Suzanne, sculptée au-dessus de la fenêtre de la façade sud (photo ci-dessous).

L'actuel Château de l'Engarran

Jean Vassal (contraction de "vases de sel"), Trésorier-Conseiller à la cour des Aides et Finances de Montpellier, épouse Suzanne Loys de Marigny.

"Jean Vassal estime que le reste du château d’autrefois n'est pas vraiment à la mode de l'époque. Il a fait fortune dans le commerce de sel. Il a beaucoup d'argent. Jean Vassal fait partie de ces gens qui veulent avoir leur Château. Il rachète alors la dot de sa femme, sous tendu qu’il la lui rendra embellie, et il construit l’Engarran actuel. Il le dédie à sa femme qui est déjà présente sur la façade avec cette tête de jeune femme et omniprésente de l'autre côté de la bâtisse, sur la façade nord.

C'est une maison d'amour, une maison de puissance, une maison de vigne mais le fond c’est cet amour rare entre un homme, Jean Vassal, et sa femme (alors que l'époque était dominée par les mariages d'argent)."

Ils s’attachent, dès 1730, à construire l’actuelle Folie de l'Engarran et à dessiner son jardin à la française. Le vignoble compte alors une vingtaine d'hectares.

"On est, dès l’entrée, sous le signe de l’accueil avec trois angelots qui vous apportent un vase. Pour se laver les mains ou les pieds. A moins qu'il ne contienne du vin ? Quant aux Atlantes qui soutiennent le balcon, les corps sont entourés de grappes de raisin."

Angelots et attenantes sur façade sud Château de l'Engarran

Les paroles de Diane la vigneronne fusent et nous envoûtent !

"Il faut s’imaginer le cérémonial du XVIIIe siècle ! Les calèches pénètrent dans l'allée du château, tournent dans la cour et s'arrêtent devant le perron. La femme vêtue d'une grande robe en descend. Le cocher fait demi-tour et va se garer sur le parking en face.

L'invitée entre dans le château. Elle se dit je suis bien accueillie. C’est monumental, bien qu’équilibré. Et là tu te dis la puissance et la richesse vient du vin. Cet héritage est très important pour nous. Les sculptures sont tout à fait exceptionnelles. Jean Vassal était quelqu'un de très cultivé, très artiste et de très riche."

Deux façades, deux symboles

La façade sud, le côté féminin

"La couleur rose de la pierre de l’entrée est la couleur d'origine. La même que celle de l’Arc de Triomphe de Montpellier. C’est une veine de la pierre de Pignan (tout à côté) qui donne cette coloration rosée.

L'entrée choisit son camp : plein sud. Derrière, côté jardin plein nord. On a vraiment deux orientations, deux influences, deux symboles aussi. La façade sud, la façade féminine. On s’ouvre au regard. La grille est transparente : tu passes devant et tu vois l’Engarran. L’arrondi de la façade forme une avancée tandis que la porte est en retrait, un double mouvement. La maison vient vers toi, c’est assez rare ! En général elles sont toutes de plan. Ici c'est très bien conçu. La maison t’appelle à rentrer.

A l’arrière, la bâtisse domine un parc très grand pensé en escalier. C'est le côté plus austère, plus dominant, le côté masculin !"

Que nous dit la grille du château ?

Grille entrée Château de l'Engarran

La couronne sur la grille (classée aussi monument historique), est la couronne que l’on retrouve sur toutes les capsules des vins du domaine. Le symbole de la famille l’Engarran. La couronne, rehaussée d'une fleur de lys, n’a rien à voir avec la royauté. Elle concerne la charge de Jean Vassal.

"Il était conseiller à la cour des aides et finances de Montpellier et cela voulait dire son titre. C’est pour cela que ce n’est pas parti au moment de la Révolution française. C’était un titre considérable car il était trésorier du roi. Les banques n’existaient pas. Tout l’argent encaissé était à sa disposition. Charge à eux de rendre au roi. Ils avaient le droit de prêter de l’argent en octroyant un taux de banquier et ils n’avaient aucun frais sur les transactions immobilières. C’étaient des gens qui achetaient beaucoup, qui revendaient beaucoup. Lorsque l'on passait devant la grille, on savait immédiatement que le lieu était occupé par quelqu’un de très important."

Au centre du couronnement, on aperçoit un vase de fleurs. L’emblème de Jean Vassal. Sa carte de visite. Ce qui signifie "de ce vase de sel sortent les fleurs", symbole de la fortune qui sort des fleurs. Diane a tout récemment appris que cette couronne et cette fleur de lys étaient surnommées par les nobles la "savonnette à vilain" car Jean Vassal n’était pas noble d’origine. C’était une charge qui correspondait à un titre de noblesse qui pouvait s'acheter.

"On savonnait les vilains pour qu'ils deviennent des nobles."

C’était un homme très fortuné, un grand penseur aussi. Pénitent blanc.

A l’issue de la Révolution Française, il achète la Compagnie des Indes avec deux collègues. Il était déjà très ouvert sur le monde, le transport, le commerce international et sur l'entraide ; il fut le fondateur des premiers réseaux de franc-maçonnerie du début de Montpellier. La franc-maçonnerie d’entraide pour aider les pauvres. On s'occupait des nobles, des bourgeois, des artisans mais pas des pauvres à cette époque. Jean Vassal était une personne très évoluée, très moderne aussi lorsque Diane nous explique les travaux colossaux pour créer un réseau d'approvisionnement d'eau. Un immense puits appelé noria, qui fait toute la hauteur de la colline, collecte toutes les eaux de pluie. Elles servent aux besoins du domaine.

Le terroir du Château de l'Engarran

Avant de passer à l'arrière de la demeure style "Régence", nous contournons la bâtisse. un sol parsemé de gros galets.

"Nous avons là ce villafranchien, ces gros cailloux roulés qui reposent sur des petits cailloux, puis la profondeur du terroir et en-dessous une couche imperméable qui draine l’eau venant des Cévennes."

Villefranchien du terroir de l'Engarran

"Ce qui fait qu’ici, même s’il fait très chaud et malgré la canicule de 2019, on a souffert mais les vignes n’ont pas séché. Il faut aider la vigne à enfoncer ses racines (labour…). Notre sauvegarde est dans la profondeur du terroir. Les anciens ne sont pas implantés là par hasard. Il y a de bonnes raisons. Donc si on arrive à utiliser le sol correctement, on doit y arriver."

La façade nord, le côté masculin

Nous voici côté jardin, face à la façade nord. Une façade à nouveau ornée de sculptures que Diane s'empresse de décrypter.

"Ici on est en haut de la colline de l’Engarran. L’art des jardins de l’époque c’était de dire « le château est au-dessus du parc ». Aucun arbre ne devait dépasser le faîtage du toit."

Façade nord du Château de l'Engarran

Des travaux de terrassement colossaux

L'art des jardins de l'époque était de surélever son château au-dessus du parc.

"Jean Vassal a découpé la colline en trois étages. A l’époque il n’y avait pas les pelles mécaniques ! A chaque étage, il a installé un bassin d’eau (comme à Versailles) avec la technique du miroir d’eau, c'est-à-dire que le château se reflète dans les bassins."

Jardin à la française du Château de l'Engarran

C’est un parc réfléchi dans les moindres détails. La source d'eau principale, captée dans le parc, arrive dans le grand bassin. La question que l'on se pose c'est comment peut-il y avoir de l’eau en haut d’une colline ?

"L’eau ça descend. Il y a des puits partout. La couche imperméable draine l’eau. On ne s’installait pas là où il n’y avait pas d’eau."

Diane n’a d'ailleurs toujours pas l’eau de la ville. Certains puits sont réservés à l’eau potable et sont vérifiés chaque année.

Et la cuvée Sainte-Cécile ?

Elle tient son nom d'un terroir du Château de l'Engarran. Perçons enfin les mystères de ce vin croquant et séduisant.

Château de l'Engarran Sainte Cécile

Le visage qui s'affiche sur l'étiquette de la cuvée Sainte-Cécile est la jeune femme sculptée au centre de la façade nord. Qui est-elle ? C’est Susanne Loys de Marigny représentée sous les trois âges de la vie.

Susanne Loys de Marigny aux trois âges de sa vie

A droite sur la photo ci-dessous, la jeune fille, habillée très sobrement, porte un panier de fruits sur sa tête.

"Les fruits qu’elle n’a pas encore croqués. Elle n’est pas mariée. D’ailleurs elle baisse les yeux. Au XVIIIe siècle, une femme non mariée ne pouvait pas regarder les hommes droit dans les yeux. Mais comme elle n’est pas idiote et un peu perturbatrice, si j’ose dire, elle sourit légèrement et on devine sous ses paupières baissées un petit point. Elle regarde quelque chose et son regard est tourné à droite. Symboliquement elle regarde vers son avenir."

Au centre,

"La voilà jeune femme. Corsetée, maquillée, coiffée. Magnifique ! Le chérubin représente le symbole de la maternité. Elle a les lèvres pulpeuses entrouvertes. Ses yeux sont grand ouverts et elle regarde vers l’avenir. De quoi sera fait demain ?"

A gauche,

"Elle sourit largement avec un mouvement des yeux vers la droite. Elle regarde vers son passé. Carpe Diem !"

Château de l'Engarran Sainte Cécile

Jean Vassal, mari aimant, a fait cadeau de tout cela à sa jeune épouse.

"A l’entrée, une jeune femme épanouie. Jean Vassal explique qu’il est fort, puissant, la franc-maçonnerie, l’accueil, le vin… Et derrière, sur la façade côté jardin, il dit à sa jeune femme : "tu seras la dame de l’Engarran toute ta vie, profites en. Le temps passe vite mais je fais un peu attention car il y aura des jeunes hommes." Ces visages, engoncés dans leur tenue de jeune marquis, illustrent l’expression « conter fleurette ». De leur bouche sortent des fleurs. Profite mais méfie-toi. Je ne suis pas dupe. La galanterie, le beau parleur, la jeunesse va te saisir mais profite du temps car tu es la dame de l’Engarran.

Les jeunes marquis

"Sainte-Cécile c’est tout ça. La jeunesse, le croquant, l’envie de séduire."

Merci à Diane Losfelt de m'avoir fait partager la passion de son domaine.

Cuvée Sainte-Cécile en vente sur la boutique. Prix TTC : 13€

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